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Le projet « été » - élections tous égaux Une aventure humaine et engagée d’accès à la citoyenneté pour tous

©Guillaume Dopus - Tordre le coup aux idées reçues

Quand les personnes handicapées intellectuelles revendiquent de pouvoir exercer leur citoyenneté comme tout le monde, la société cherche-t-elle à s’adapter et à réellement les inclure ?

Par Jean-Charles DESMOULINS, stagiaire DEJEPS

« Seul on va vite, ensemble on va plus loin »

Ce proverbe africain a accompagné ma vie personnelle et mes expériences professionnelles à tous les niveaux. Que ce soit en famille, entre amis, dans une association, en équipe, auprès de tous les publics que j'ai accompagné durant ces 15 années dans l'animation, ce dicton a guidé mes choix, mes valeurs et ma façon de fonctionner. J'ai toujours cru au pouvoir et à la force du collectif. Les choses ne coulent pas forcément de source et les désaccords peuvent survenir, mais l'enrichissement humain a ceci de gratifiant, que si la franchise et le respect sont présents, les groupes peuvent avancer par des compromis et en prenant en compte l'avis de chacun.

Durant ces 15 années comme animateur, directeur d'alsh, puis coordinateur, j'ai pu enrichir et varier mes compétences et mes valeurs grâce aux expériences aussi bien bénévoles que professionnelles accumulées auprès de différents publics allant des enfants aux personnes âgées, en passant par les personnes handicapées intellectuelles. Mes passions autour du conte, de l'écriture et de la musique m'ont permis également de mettre en valeur mes connaissances au travers de manifestations et de projets artistiques et de commencer à appréhender la coordination au travers de ces aventures humaines et collectives, dont j'étais à l'initiative, comme la création d'un conte musical ou la mise en place d'un festival de musique au profit d'une épicerie solidaire. Pour chacune de ces expériences, j'ai pu vérifier l'efficacité de ce proverbe africain.

En 2011, j'intègre l'équipe de bénévoles au Service Loisirs Culture et Vacances (SLCV), qui a pour mission principale d'ouvrir davantage l'offre de loisirs en direction des personnes handicapées intellectuelles de l'ADAPEI de Besançon. Sa vocation est d'utiliser le temps libre des bénéficiaires, personnes handicapées intellectuelles, pour leur permettre de prendre davantage de place dans la cité, dans la société. Plus largement, le SLCV, devenu à ce jour un service départemental nommé ATLAS à la suite de la fusion des sections locales en ADAPEI du Doubs, ce doit d'être une plateforme d'échanges entre acteurs de l'ADAPEI, une interface supplémentaire entre les personnes handicapées et "ordinaires".

Mais encore plus largement, en tant que bénévole, puis coordinateur stagiaire de ce service, je partage avec les salariés, les services civiques et les autres bénévoles, l'envie qu'ATLAS soit une interface entre des individus d'une société, quels qu'ils soient, afin de tisser entre eux du lien social et ainsi "faire société".

Des citoyens à part entière

Lorsque je suis arrivé en octobre 2018, j’étais loin de me douter de l’aventure que j’allais vivre. J’avais certes déjà accompagné les personnes handicapées intellectuelles dans des projets et des animations citoyennes, telles que l’organisation de festivals au profit d’une association caritative. En effet, permettre à ces personnes de prouver qu’elles pouvaient s’engager dans une cause, pour d’autres publics, paraissait un message fort à mes yeux.

Mais lorsque Nous Aussi m’a demandé de les accompagner pour aller voter, je n’avais pas encore conscience de la portée sociétale et citoyenne de cette demande. Je me voyais les sensibiliser au vote, leur expliquer la procédure pour s’inscrire et aller voter, les informer, … Je me suis par la suite vite rendu compte de la portée revendicative de leur envie d’accès au vote. Ils se battaient certes pour eux, mais également pour toutes les personnes ne sachant pas lire, ayant du mal avec la langue française, … et ils en étaient conscients.

De demandeurs, les adhérents des délégations Nous Aussi du Doubs sont devenus partenaires. Ils étaient auteurs, puis acteurs de leur accès à la citoyenneté. Mon rôle a été de trouver un juste équilibre entre le fait de coordonner le projet « été » (élections tous égaux) avec eux tout en les laissant aux commandes du bateau. J’ai veillé à ce que ce navire ne soit pas le Titanic, mais un voilier de croisière capable de suivre les vents du changement sociétal, tantôt inexistants ou faibles, tantôt forts. J’avais pour objectif de laisser Nous Aussi à la barre, et de rester dans la cabine à travailler sur la carte en équipe. J’assume mon rôle de coordinateur de l’ombre, car la particularité de ce projet est qu’il part de l’initiative de personnes handicapées intellectuelles.

Même si l’ADAPEI du Doubs et le service ATLAS possèdent la même envie de changement sociétal, car ses membres sont des parents et des personnes engagées, Nous Aussi reste guide de cette envie d’accès au vote pour tous. Nous ne sommes là qu’en soutien. Une telle demande émanant d’un public peut paraître classique, mais il faut être conscient, que pour les personnes handicapées intellectuelles, être capable d’exprimer de telles envies, de revendiquer est un grand pas dans leur accès à la citoyenneté. Ils ne veulent pas qu’on s’exprime ou fasse à leur place. Ils veulent qu’on les accompagne, qu’on les soutienne.

Ils veulent changer le regard de la société sur les personnes handicapées. Leurs interventions dans des établissements scolaires, dans des manifestations locales pour sensibiliser la société, la jeunesse est la preuve qu’ils ne souhaitent qu’une chose paraissant simple : être des citoyens comme tout le monde.

Le projet « été » est comme une fusée à deux étages : le premier est au niveau politique avec l’envie de changer la société et le second est au niveau local avec les actions d’information et d’accompagnement des personnes handicapées d’une part, et la formation et l’accompagnement de la société (personnes des bureaux de vote, élus locaux…) d’autre part. Ce projet est une aventure, une démarche de changement sociétal dont la finalité peut paraître inatteignable, tant le chemin semble long à parcourir. Mais l’utopiste raisonné que je suis a tendance à y croire.

Les difficultés rencontrées par les personnes handicapées intellectuelles

Chaque personne handicapée intellectuelle est différente et présente des capacités et des difficultés propres. En fonction des individus, le handicap s’avère plus ou moins important, le degré d’autonomie des personnes est donc plus ou moins grand. Concernant le vote, la déficience intellectuelle a des conséquences sur celui-ci. Car si exercer son droit de vote est un acte citoyen ouvert à tous, il est malheureusement encore mal garanti. La société devrait pouvoir permettre aux personnes handicapées, tout handicaps confondus, de pouvoir faire entendre leur voix lors de chaque échéance démocratique. La République n'a pas vocation à assister mais à garantir la citoyenneté et l'autonomie de tous. La personne handicapée est un citoyen à part entière, soumis aux mêmes devoirs et bénéficiaire des mêmes droits que tous les autres citoyens. A ce titre elle doit pouvoir :

  • participer librement et pleinement à la vie politique et à la vie publique,
  • jouir de la même capacité juridique, à égalité avec tous les autres citoyens,
  • avoir le droit de voter et d’être éligible.

Une démarche co-construite avec les adhérents de Nous Aussi

Une fois la problématique et les enjeux identifiés concernant la société et les personnes handicapées intellectuelles, une fois la démarche d'auto-représentation, d'auto-détermination et de pair émulation prise en compte et actée car souhaitée par les adhérents de Nous Aussi, nous avons continué à nous réunir à plusieurs reprises et àaffiner les axes du projet. Le projet « été » "élections tous égaux" est alors né officiellement avec plusieurs échéances électorales visées. Il s'affinera au fur et à mesure des prochaines élections et de l'air du temps :

  • les élections européennes de 2019,
  • les élections municipales de 2020,
  • les élections départementales et régionales de 2021.

D'après un constat de départ initié dès 2016, partagé par les membres de Nous Aussi :

  • l’information est un droit pour tous ;
  • laisser les personnes aller voter sans information adaptée, ce n’est pas les respecter ;
  • dans le cadre de l’égalité des chances, les personnes ont droit à un accompagnement ;
  • les personnes handicapées intellectuelles sont des citoyens, comme les autres ;
  • notre démarche doit conduire les politiques à davantage tenir compte des personnes handicapées ;
  • la société devra prendre conscience de l’émergence de notre citoyenneté.

D'après l'expérience des élections précédentes, plusieurs objectifs généraux ont été dégagés :

  • susciter l’intérêt pour la citoyenneté ;
  • accompagner, former au vote (s'inscrire sur les listes, voter pour quoi, les candidats et leurs programmes, comment voter, et après …) ;
  • engager les délégations Nous Aussi ;
  • intégrer/inclure les personnes handicapées intellectuelles ;
  • faire connaître leur place de citoyen dans le « milieu ordinaire ».

Afin de concrétiser les enjeux de ce projet, des pistes d'action ont été réfléchies.

  • La création d'une chaîne départementale Youtube afin d'informer le plus de personnes possible sur les différentes étapes et informations autour du vote.
  • Dès 2019, la formation par des membres de Nous Aussi des salariés de la Ville de Besançon ainsi que des personnes tenant les bureaux de vote sur le handicap intellectuel.
  • La réflexion autour de la création et mise en place d'un comité de suivi interne à l'ADAPEI.
  • La réflexion autour de la création et mise en place d'une commission d'accessibilité citoyenne regroupant des élus, des personnes handicapées (tous handicaps), des associations, des personnes âgées, des personnes en perte de mobilité temporaire ou permanente, etc., afin de réfléchir sur l'accès au droit de vote pour tous (de l'inscription à l'information jusqu'au jour du vote et à la compréhension des résultats).

Une première étape s'est déroulée jusqu’aux élections européennes du 26 mai 2019. L'objectif principal était d'informer les personnes handicapées intellectuelles sur les élections et de sensibiliser la société, ainsi que les politiques au niveau local sur l'importance d'accompagner ce public à l'accès au vote.

Cette première étape comportait différentes actions innovantes complémentaires de ce qui s'est déjà fait lors des précédentes échéances électorales, avec un calendrier imposé par l'échéance du 26 mai et la temporalité électorale (qui est différente de la temporalité des personnes handicapées intellectuelles, ce qui impose un réajustement) :

  • Une partie importante de la démarche, avec la création d'affiches et de vidéos sur l'importance de voter et comment s'inscrire sur les listes électorales diffusées aux équipes éducatives et sur les réseaux sociaux.

  • Des actions pour faire connaître, par des affiches, des livrets et des vidéos, ce qu'est l'Union Européenne ? A quoi elle sert ? En apportant des exemples concrets de projets locaux financés par l'Europe.

  • Des rencontres entre un agriculteur, un bénévole du Secours Catholique accompagnant les migrants et des adhérents de Nous Aussi, qui ont posé des questions, afin d'informer les personnes handicapées sur les thèmes abordés lors de ces élections européennes.

  • Toujours dans le but d'informer les personnes handicapées intellectuelles sur ce qu'est l'Europe, une journée de découverte des pays de l'Europe a été organisée avec l'IUT de Besançon.

  • Des rencontres pour que les candidats expliquent leur programme et que Nous Aussi les sensibilise au Facile à lire et à comprendre (FALC) pour leurs documents électoraux. Un seul contact sur 14 invitations envoyées. Le bilan de cette action est décevant, car le calendrier électoral est trop tardif par rapport au temps nécessaire aux personnes handicapées intellectuelles pour comprendre et s'approprier les programmes électoraux.

  • L'organisation d’ateliers pratiques sur le vote, de tournage de vidéos sous forme de tutoriel et la création d'affiches sur le thème « comment voter ? »

  • La mise en place avec Nous Aussi d’un kit à destination des bureaux de vote comprenant une affiche en FALC sur « les étapes du vote », ainsi qu'une lettre sur les bons comportements à avoir en présence d'une personne handicapée intellectuelle et comment l'accompagner au mieux dans son acte citoyen.

  • Une action afin de diffuser et d'expliquer les résultats des élections européennes sur la chaîne Youtube, sur les réseaux sociaux, ainsi que par un mail envoyé aux équipes éducatives.

Pourquoi écrire en FALC du point de vue des personnes handicapées intellectuelles?

Le FALC est une demande des personnes handicapées intellectuelles concernant l’accessibilité citoyenne, dont l’accès au droit de vote pour tous, par une information adaptée et compréhensible concernant les procédures de vote, la propagande électorale, aussi bien par les candidats que par les médias. Afin d'adapter notre communication en FALC, il faut respecter les règles européennes du facile à lire et à comprendre et faire transcrire ou valider le contenu par des personnes handicapées intellectuelles.

Ces règles concernent les :

  • informations écrites,
  • informations électroniques,
  • informations audio,
  • informations sur vidéo.

Comme toute avancée qui concerne d'abord le milieu du handicap, le FALC est utile à bien d'autres personnes (à l'image des rampes d'accès ou autres aménagements pour les fauteuils roulants qui servent tout autant aux personnes avec poussettes, aux blessés, aux personnes avec déambulateur ou en perte d'autonomie physique, aux femmes enceintes…). Le FALC gagnerait à être mieux connu et plus utilisé. Ce mode de communication conçu pour le handicap intellectuel peut à mon avis aider beaucoup plus de monde, comme les personnes âgées perdant en autonomie cognitive, les personnes apprenant le français, les personnes illettrées ou mal-lettrées…

 « Verra-t-on un jour le bout du tunnel concernant l’accès au vote pour tous ? »

En route vers la normalisation ?

Outre l’accompagnement et l’information à proposer aux personnes handicapées intellectuelles, il y a donc un énorme travail de sensibilisation à faire, envers les partis politiques, les médias et le grand public. Ce travail, c’est avant tout aux pouvoirs politiques qu’il incombe au niveau national, mais également au secteur associatif avec des initiatives comme le projet « été » au niveau local. Dans un système démocratique tel que le nôtre, les campagnes électorales doivent s’adresser à tous les citoyens, de façon effective. « Le vote pour tous » doit être une réalité concrète et non un simple slogan ! Afin que cela s’applique systématiquement à toutes les élections, il est nécessaire de mettre en œuvre une série de moyens. L’accessibilité du vote, en partant des informations préélectorales jusqu’à l’annonce du scrutin, concerne tous les citoyens sans exception. Tous les publics fragilisés peuvent y prétendre de manière égale.

Les personnes handicapées intellectuelles, à travers le regroupement d’associations d’auto-représentation « Inclusion Europe », dont fait partie Nous Aussi, ont fait des recommandations au niveau européen. Certaines ont été reprises par des députés, voire prises en compte. D’autres, comme l’imposition du FALC comme mode de communication aux candidats, ainsi qu’aux médias, ou le fait de mettre une photo sur les bulletins de vote à l’attention des personnes ne sachant pas lire, sont restées à ce jour sans réponse satisfaisante. Le combat pour ces demandes seront-elles la prochaine étape ? Il faudra y réfléchir, afin de continuer à avancer. C’est cela, à mon avis, le vrai sens d’une société inclusive.

Tout au long de mon investissement dans le projet « été » et de ma réflexion éthique, je n’ai cessé de constater, que, dans le secteur du handicap, il n’y a plus un texte réglementaire ou une prise de parole publique qui ne fasse référence à l’inclusion. Je partage le sentiment que c’est même souvent un prétexte pratique pour éviter d’évoquer la question des moyens. Le terme d’inclusion est généralement galvaudé et son utilisation est trop souvent inappropriée.

Pour comprendre l’inclusion, il est nécessaire de la situer dans sa logique historique. Ceci nous permet de comprendre que l’évolution de la place des enfants, puis des adultes handicapés dans la société et notamment à l’école, se mesure à l’échelle de presque un siècle :

  • les ordonnances de 1945 ;
  • les lois de 1975 ;
  • l’inclusion, socle de la loi de 2005.

L’inclusion valide l’abandon de la notion de « groupe » ou de « collectif » sur laquelle reposait l’intégration, au profit de la notion de « besoins communs et individuels ».

Dans ce nouveau monde, les différences liées au handicap ne constituent donc plus des exceptions à prendre en compte car l’ensemble de la société, et notamment le système éducatif, est organisé pour répondre à toutes les situations, y compris celles liées au handicap.

C’est tout l’enjeu de cette étape que nous vivons actuellement. Faire que la prise en compte de toutes les différences devienne la norme... La normalisation succédera-t-elle à l’inclusion ? Vers 2035 ? Cette échéance est vraisemblable si l’on considère que les étapes précédentes ont nécessité à chaque fois environ 30 ans entre la promulgation des textes et leur effet réel au sein de la société...

D’ici là, il nous faut continuer, pas à pas, chacun à notre humble niveau d’engagement,à apporter notre petite pierre à l’édifice du changement sociétal ! Je sais que l’Adapei du Doubs a engagé depuis de nombreuses années la transformation de son offre vers plus d’inclusion, comme en témoignent ses actions et ses engagements. Pour autant, le combat des personnes handicapées et des familles d’enfants handicapés pour un accès total à la citoyenneté, au travail, à l’éducation, aux loisirs, … est loin d’être achevé !

Une fois le projet « été » arrivé au terme des trois échéances électorales, c’est-à-dire en 2021, je suis conscient qu’il restera encore beaucoup de chemin à parcourir. Le côté orientation et engagement politique, que je mets en avant dans cette aventure, peut paraître trop important pour certaines personnes, mais je l’assume, car, à mes yeux, il est indissociable des actions menées sur le terrain. Cet aspect revendicatif mené par l’association Nous Aussi est une demande des personnes handicapées intellectuelles.

J’avoue qu’avant de coordonner ce projet, je ne m’intéressais pas plus que ça à la politique, mais j’avais oublié le coté noble de ce mot, c’est-à-dire cette envie de changement sociétal, que tout un chacun peut désirer. L’utopie d’une société idéale serait que chaque personne, chaque citoyen, aussi singulier et différent qu’il soit, puisse vivre normalement en prenant en compte ses forces et ses difficultés, en acceptant que chacun, à son niveau, est capable d’apporter aux autres, d’enrichir humainement la société. Le fait de ne plus avoir peur de la différence, d’accepter que c’est la société qui handicape les personnes en ne prenant pas en compte leurs difficultés et en ne s’adaptant pas à chacun.La citoyenneté doit pouvoir être accessible à tout le monde et la participation de chaque individu enrichira notre société.

Une société inclusive parait essentielle à mes yeux, mais l’inclusion, dont le gouvernement actuel a fait son cheval de bataille, m’interroge dans le sens où cette volonté ne doit pas se faire en dépit du bon sens. Le 100 % inclusif, dont j’entends parler, ne me convient pas. Je pense qu’il faudrait toujours interroger les premiers concernés. En effet, dans cette grande aventure sociétale, j’ai peur que nous oublions encore de laisser la parole aux personnes handicapées. Le slogan de Nous Aussi, « rien pour nous sans nous », risque encore d’être laissé de coté. Ces personnes ont-elles envie de vivre dans un monde, une société non préparée à les accueillir, à laquelle on n’aura pas donné les moyens nécessaires à cet accueil, une société que l’on n’aura pas assez accompagnée ?

Le premier pas vers la normalisation ne serait-il pas d’abord de les écouter et de ne plus parler à leur place ? L’inclusion doit d’abord être raisonnée et réfléchie au cas par cas. La citoyenneté normale passe par cette étape également. Arrêtons de penser et décider pour eux, de savoir mieux qu’eux ce qui leur convient, ce qui est bon pour eux. Accompagnons les dans ce changement sociétal et cette expression citoyenne. Changeons la société pour permettre aux personnes handicapées de faire entendre leur voix, comme chaque citoyen en a le droit. Les textes et les lois sont une chose. L’application sur le terrain et dans la vie en est une autre.

J’ai commencé cet article avec un proverbe africain de circonstance et collectif, je terminerai par une citation d’Henri Bergson, qui me parle dans ces circonstances :

« L’avenir n’est pas ce qui va arriver, mais ce que nous allons faire. »

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